Histoire de changer – Pourquoi changer ? (1/5)

Histoire de changer – Pourquoi changer ? (1/5)

septembre 3, 2019 Expériences Une 1

Épisode 1 : Pourquoi changer ?

A ce jour, mon plus grand changement professionnel reste le choix de travailler à mon compte, avec trois activités en parallèle, après plusieurs années de salariat classique dans une grande entreprise. Je te raconte ça en plusieurs épisodes : pourquoi j’ai choisi de changer, comment j’ai géré mon entourage perso, mon entourage pro, comment je m’organise pour jongler avec plusieurs activités et pourquoi j’ai rejoint une coopérative d’activités et d’emploi.

Photo by Ross Findon on Unsplash

Et toi, tu fais quoi dans la vie ?

Cette question m’a longtemps angoissée. Ma réponse était souvent noyée dans le brouhaha de la soirée, et c’est parfois pour meubler une conversation, mais je redoutais cet exercice. Je n’avais pas honte de mon boulot, mais je croyais fermement être définie par ce que je faisais. Et j’étais déjà convaincue que mon boulot de l’époque ne me représentait pas. 

J’étais salariée dans une grande entreprise, où je n’avais pas le droit d’être malheureuse parce que j’étais bien payée par rapport à la moyenne française et parce que mes compétences étaient reconnues par mes pairs et hiérarchies. J’ai occupé plusieurs postes, choisis avec soin, mais je m’ennuyais vite, et j’avais mis cet ennui sur le compte d’une insatisfaction permanente. Je tuais le temps en travaillant beaucoup, multipliant les activités extra-professionnelles et les voyages, mais une forme de frustration était déjà présente. Et elle se ressentait dans ces fameux moments de sociabilisation où j’entendais les “que fais-tu?” comme des “qui es-tu ?”

Jongler avec toutes mes activités

Petite, mes parents me disaient “選一個行業, 學習到變成最厲害的就是最好的”. En gros, choisis un domaine, et travaille jusqu’à devenir la meilleure. Pas de bol, j’aimais papillonner. Je rêvais d’être pilote d’essai, galeriste ou archéologue. Choisir c’est renoncer, disait Mumu, la mère de mon amie d’enfance, même si c’était plutôt à propos d’une boîte de chocolats. Pour moi, passer d’une activité à une autre, un sujet à un autre, totalement différents, c’était apprendre sans cesse, adopter un nouvel angle de vue, changer de cadre, c’était inventer d’autres façons de faire ou de comprendre en reliant le tout ensuite.

Depuis mes 18 ans, j’ai cumulé études, boulots à temps plein pour être financièrement autonome et une foultitude d’activités associatives et hobbistiques, sans jamais renoncer à voir les copains ou à organiser des sorties. J’ai toujours jonglé avec un agenda bien rempli et cela me convenait très bien. Puis j’ai emporté tout ça jusqu’à ce “vrai travail”, dans une grande entreprise, ce CDI en 2009 qui devait rassurer mes parents parce qu’ils me souhaitent un travail intellectuel, pour m’éviter le travail de labeur physique qu’ils ont toujours aujourd’hui. 

Au début j’ai gardé le rythme. Avec neuf semaines de vacances par an, un salaire largement suffisant pour vivre, épargner et voyager, tout se passait bien sur papier. 

Je travaillais beaucoup mais cela ne signifie pas grand chose hors contexte. Disons simplement que j’aime les projets complexes, hybrides, avec une forte dimension humaine et que j’aime apprendre donc je n’avais pas peur d’aller vers les projets où je n’étais pas forcément attendue. Je me suis formée lorsque je n’avais pas les compétences, je me suis fait aider lorsque j’en avais besoin. Mais je ne trouvais pas ma place dans cette entreprise. Mes idées étaient entendues, mais dénaturées pour servir des intérêts personnels (pas les miens) ou mises en œuvre par d’autres personnes, quand elles ne sont pas mises à la poubelle parce que pas “prioritaires”. J’étais confrontée à beaucoup de résistance au changement, alors que j’étais passionnée par l’amélioration continue. 

J’étais une petite pièce dans une grosse machine qui ne m’autorisait à évoluer que dans des postes aux marges de manœuvre restreintes, avec des règles du jeu qui n’étaient pas les miennes.

Quand ton corps s’arrête pour toi

Début 2012, je chute bêtement, mon humérus a la folle idée de se briser et après l’opération pour recoller les morceaux, je fais une paralysie radiale qui se manifeste par une main droite au chômage. Pendant des mois, aucun médecin ne se prononce sur une rémission possible. Pendant des mois, j’essaie de me figurer une nouvelle vie, avec une main qui ne répond pas. Pour ne pas trop déprimer, j’apprends à écrire puis à dessiner avec la main gauche. Ce n’est pas grand chose, mais ça m’a aidé à élargir mon champ des possibles. Et j’ai surtout eu le temps de me poser, pour me questionner sur mon travail et le sens que je veux lui donner. Je voulais un travail épanouissant, mais je n’étais pas prête à changer mon niveau de vie. 

Avec l’aide de mon kiné, ses exercices douloureux ou barbants et des copains pour boire des bières, je récupère toute ma motricité en un peu moins d’un an. En parallèle, j’enchaîne tous azimuts des stages, des cours, des rencontres, des entretiens d’embauche. Je voulais arrêter de subir mon travail. En 2014, une opportunité me permet de changer de poste, mais l’illusion d’avoir trouvé ma place s’efface au bout de trois mois. Je multiplie les activités et les rencontres pour trouver une porte de sortie. 

Explorer le champ de mes possibles

J’esquisse un projet de café culturel qui me fait rencontrer du monde, qui n’aboutit pas mais qui me redonne confiance. J’étais prête à sortir du cadre, pour de vrai. Le besoin de faire moi-même a pris le dessus sur la peur de manquer. En 2016, je quitte mon job, je voyage seule pendant un mois, collecte des histoires de vie, des expériences différentes qui m’aident à relativiser. J’apprends à m’écouter, je reviens plus apaisée et plus motivée que jamais. Dans la foulée, je suis un Cours Certifié de Permaculture, je passe mon CAP cuisine et un diplôme de sommelière bières à Munich, histoire de me rassurer, mais je me fais surtout une belle brochette de potes et potesses.

En un an et demi, je crée trois activités au sein de Coopaname (coopérative d’activités et d’emploi à Paris) dont une avec Sophie, mon associée. Je suis aujourd’hui consultante en organisation, sommelière bières et cuisinière. Récemment, on m’a fait remarquer que je faisais partie de ce qu’on appelle des slasheurs, ou pluriactifs. Mais ça ne change rien à mon quotidien. C’est tout frais, l’équilibre financier est encore fragile, mais j’ai des projets pour me porter, des soutiens humains pour m’épauler. Je continue à me former régulièrement, j’y dédie un budget et du temps. 

Un choix engageant et exigeant

Travailler dans des domaines qui m’intéressent et qui m’importent est un choix engageant et exigent. Ce n’est plus seulement me faire plaisir avec des projets que j’aime, c’est y mêler la dimension financière, avec un impact sur mes revenus, ma vie sociale et ma vie de couple. 

Aujourd’hui, dans les tours de tables ou en soirée, mon dilemme est celui de la synthèse, mais cela ne m’angoisse plus. Ce qui compte, ce n’est plus l’intitulé de mon poste, mais les projets que je suis en train de mener. Comme je choisis mes projets, je suis en accord avec ce que je fais. Et cela me libère. 

Cet premier épisode est un peu long à mon goût, mais je me tiendrai mieux ensuite. Dans le prochain, je te raconte comment j’ai géré mon entourage perso (parties prenantes) dans mon changement.

 

Une réponse

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