Histoire de changer – L’entourage perso (2/5)

Histoire de changer – L’entourage perso (2/5)

septembre 16, 2019 Expériences Une 1

Épisode 2 : Gérer l’entourage personnel

A ce jour, mon plus grand changement professionnel reste le choix de travailler à mon compte, avec trois activités en parallèle, après plusieurs années de salariat classique dans une grande entreprise. Je te raconte ça en plusieurs épisodes : pourquoi j’ai choisi de changer, comment j’ai géré mon entourage perso, mon entourage pro, comment je m’organise pour jongler avec plusieurs activités et pourquoi j’ai rejoint une coopérative d’activités et d’emploi.

Photo by Ricardo Resende on Unsplash

Mon changement regarde tout le monde

Extrait d’une conversation avec ma mère :
– Tu vas travailler à ton compte, ça veut dire que tu vas être ton propre patron ?
– Oui c’est à peu près ça…
– C’est bien ça, tu vas travailler plus dur alors ?
– Ah bah oui c’est sûr.
– Tu vas gagner plus d’argent ?
– Euh ben pas forcément…
– Mais ça sert à rien alors !
– …

Mon entourage très proche étant constitué de très peu de personnes, la liste des parties prenantes est réduite. Cela représente tout de même un peu de travail de ma part, pour expliquer mes choix, écouter les opinions (même quand je n’en avais pas envie), parfois de devoir argumenter pour convaincre tout en me battant avec mes doutes et mes incertitudes. J’avais le sentiment de devoir prouver à tout moment que la maison que j’étais en train de construire était solide alors que je n’en étais encore qu’au croquis.

Absolument tout le monde allait se positionner sur ce que j’allais faire ou devenir. Du scepticisme inquiet au soutien indéfectible, il y eu de tout. Pour commencer, soyons très clair sur un point : je devais tenir compte de mon entourage proche. Et ce, pour deux principales raisons : 1/ Mon entourage proche va vivre (ou subir) mon changement en même temps que moi. 2/ Certaines personnes de mon entourage peuvent devenir des ressources pour mon changement.

Mon entourage proche va vivre (ou subir) mon changement, en même temps que moi

Pour moi, la partie prenante la plus impliquée était mon conjoint, salarié à l’époque. Le fait de m’installer à mon compte allait avoir un impact sur notre niveau de vie. Nos frais communs ont toujours été partagés à parts égales, mais toutes nos activités telles que voyages, sorties ou restaurants allaient être touchées par mon changement de vie (et de revenus). Avec difficultés au début, il a fini par exprimer clairement ses inquiétudes, que je n’étais pas prête à entendre puisque j’avais déjà les miennes, merci bien.

D’ailleurs, toutes les questions sur mes futurs revenus étaient d’autant plus agaçantes que l’autonomie financière fait partie de mes principes de vie. Le fait d’être questionnée sans cesse sur ce sujet me rendait particulièrement nerveuse, voire agressive en retour. Pourquoi cette ingérence de la part de mes proches ? Parce qu’ils vivent aussi mon changement, avec leur prisme à eux.

Point hebdo avec mon conjoint

Avec mon conjoint, on a mis en place un point hebdomadaire, oui, comme un comité de projet, qu’on a appelé le point Ikigai. En semaine, on n’en parle pas plus que ça. Un soir par semaine, on se retrouve d’abord pour un ciné, suivi d’un resto, pendant lequel on fait le point. Le ciné permet de déconnecter de nos sujets de la journée et de nous mettre dans un état d’esprit différent de celui de la sortie de boulot. Et le fait de faire le point à l’extérieur de chez nous n’est pas anodin, il nous fallait trouver un terrain neutre, sans charge émotionnelle.

Le déroulement était le suivant : je raconte mes réalisations de la semaine, mes plans pour la semaine à venir, lui me pose des questions pour comprendre et pour suggérer ses idées, non pas pour me challenger. Nous avions convenu que le rôle de challenger était compliqué pour lui parce que ça finissait souvent en engueulade. Mais en un sens, il a tout de même joué ce rôle, simplement en posant des questions de compréhension. Ce qui me paraissait clair ne l’est pas forcément une fois sorti de ma tête. La seule règle : dès que c’est tendu, dès que l’un des deux s’énerve, on s’arrête et on rentre à pieds en parlant d’autre chose. Ces points ont duré trois mois environ et ont été utiles pour donner une place à mon conjoint dans une période où j’étais très centrée sur ma personne.

Focus sur la thématique revenus avec mes parents

Avec mes parents, j’ai été moins adroite. Les discussions étaient souvent tendues, essentiellement parce que je manquais de patience pour expliquer. Mes parents connaissent mal le boulot de consultant (comme beaucoup de personnes d’ailleurs). Ils sont arrivés en France, trentenaires, ont pris le premier boulot qui s’est présenté (nourrice et cuisinier) et n’ont jamais fait d’études. Ils se figurent mal la production de contenu intellectuel (processus, idées, projets etc.) dans le contexte d’une société de services. J’ai donc arrêté de leur expliquer mon métier en soi, j’ai ciblé ce qui les inquiétait, à savoir les revenus. J’ai mis l’accent sur le fait que je poursuivais une activité que je réalisais déjà en tant que salariée. J’ai ensuite attendu de me générer un salaire avant de leur dire que je gagnais certes moins, mais suffisamment pour couvrir tous mes frais, comme une grande.

Quant à ma sœur, qui a dix ans de moins que moi, elle est d’un soutien indéfectible, et c’est également précieux. Elle arrive à prendre cet air sincèrement enthousiaste pour tous mes projets, des plus anecdotiques (créer des fleurs géantes en papier de soie), aux plus techniques (offre d’accompagnement à la transition alimentaire pour particuliers).

Certaines personnes de mon entourage peuvent devenir des ressources pour mon changement

Parmi mes ami.es, ceux et celles qui avaient déjà changé (création d’entreprise, changement de responsabilités ou déménagement dans une autre région) disposent souvent d’un retour d’expérience, très souvent transposable. Et c’est toujours une grande respiration que d’arrêter de parler de soi dans les moments de changement. En écoutant leurs questions et suggestions, j’avais tendance à me comparer au début, soit en considérant que je ne pourrais pas faire aussi bien, soit à confirmer que mes décisions étaient plus adaptées. Dans ma phase de changement profond, j’avais parfois du mal à être réellement à l’écoute, à relâcher la tension autour de mon changement pour comprendre celui des autres, sans comparaison.

Je ne voulais pas devenir la reloue de service qui parle du moindre petit changement dans sa création d’activité doublée d’une semi-reconversion. Et je l’ai probablement déjà été, toute prise que j’étais dans mes démarches, mes rencontres, mes nombreux projets en lancement. J’ai réappris l’écoute active, pour faire taire la radio interne qui babille sans cesse. En gros, pour réussir à prendre du recul, il me fallait éviter de soûler les gens qui m’entourent, pour que je puisse parler avec eux à nouveau, et d’autre chose que du changement de taff. Sans parler du fait que je voulais garder mes potes, sans eux les apéros ne sont pas les mêmes.

Diversifier les soutiens

Comme dans l’alimentation, il faut diversifier ses sources d’apport en énergie. Je ne me faisais pas d’illusion, sans le soutien de mon entourage, il m’aurait été très difficile de poursuivre mes projets. J’ai plusieurs cercles proches avec qui nous échangeons beaucoup sur nos choix professionnels, leurs expériences m’ont également aidée à prendre des décisions. Il me fallait donc compter sur eux, sans dépendre d’eux. Sans m’en rendre au début, j’avais “affecté” à chacun de mes potes une expertise, un thème ou un sujet relatifs à mon changement, ce qui me permettait de les solliciter ponctuellement, sans les noyer dans une problématique globale, de leur parler concrètement de mes projets. Cela m’a permis aussi d’identifier les moments où j’étais dans le déni. Lorsque j’avais une problématique de stratégie communication mais que je m’adressais à ma pote qui était plutôt dans le graphisme, c’est que je ne voulais pas vraiment aborder le sujet.

Prendre en compte mon entourage personnel a été émotionnellement plus difficile qu’avec mon entourage professionnel, mais c’est un tout autre exercice. J’en parle dans l’épisode suivant !

 

Une réponse

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