Histoire de changer – L’entourage professionnel (3/5)

Histoire de changer – L’entourage professionnel (3/5)

septembre 18, 2019 Expériences Une 0

Épisode 3 : Gérer l’entourage pro

A ce jour, mon plus grand changement professionnel reste le choix de travailler à mon compte, avec trois activités en parallèle, après plusieurs années de salariat classique dans une grande entreprise. Je te raconte ça en plusieurs épisodes : pourquoi j’ai choisi de changer, comment j’ai géré mon entourage perso, mon entourage pro, comment je m’organise pour jongler avec plusieurs activités et pourquoi j’ai rejoint une coopérative d’activités et d’emploi.

Photo by Marvin Meyer on Unsplash

Ton entourage professionnel a aussi son avis sur la question

Comme raconté précédemment dans l’épisode 2 sur l’entourage personnel, mon changement regarde tout le monde, y compris mes collègues et mon réseau professionnel. J’ai pu constater deux types de réactions très différents : 1/ C’est super fonce 2/ Pourquoi tu ne testes pas avant. Sans compter les “moi aussi j’aurais bien voulu si seulement”, mais cela fera l’objet d’un autre article, plus tard.

Sur le coup, je n’étais pas très à l’aise pour dire aux gens que je quittais l’entreprise, parce que j’avais peur de soulever le tapis qui cachait les frustrations. Il était important pour moi que les gens comprenaient que je ne fuyais pas l’entreprise, mais que je partais pour moi, pour faire ce qui me ressemble. Dans toutes les entreprises et organisations, il y a ces collègues que tu aimes bien, et qui sont malheureux à leur poste, à cause d’un mauvais casting, d’une organisation défaillante, ou d’événements de la vie. Et à eux, il est particulièrement difficile d’annoncer ton départ parce qu’il va mettre en lumière leur non-départ. Mais j’ai découvert que, parmi ces collègues-là, il y en a aussi qui sont capables d’être simplement heureux pour moi.

C’est super, fonce !

Il y a d’abord les soutiens sans faille. Lorsque j’ai annoncé mon départ dans mon entourage professionnel, j’ai eu beaucoup de retours positifs. Ma manager de l’époque, les collègues avec qui nous partagions la même lassitude sans nom engluée dans un confort matériel, les collègues avec qui je parlais moins, mais qui étaient simplement heureux que je parte (non j’invente, mais je suis sûre qu’il y en a eu). Il m’a fallu alors me plier à l’exercice de pitcher mon projet, sans quoi je me retrouvais les bras ballants avec ce super projet de partir, mais sans plan d’actions. Je m’étais collée une pression folle au début, un peu comme avec l’entourage personnel, pour donner la version la plus plausible et la plus rassurante de mon projet.

J’ai réalisé que je racontais assez peu mes projets, parce que c’était inconfortable d’être dans le flou concernant un sujet aussi sensible et important pour moi que le travail. En face de moi, j’avais des personnes sincèrement intéressées de savoir ce que j’allais devenir et faire. J’ai eu une période de démotivation : si je n’arrive pas à raconter, c’est peut-être parce que je ne sais pas, et que je suis en train de me tromper ? J’avais du mal à me laisser le droit au doute.

Effectivement j’avais des idées et des projets, mais basés sur de la théorie, de l’envie, mais pas une étude de marché, pas des chiffres tangibles, pas des compétences éprouvées et des réalisations passées. En fait, j’ai fini par dire que j’allais me laisser le temps de réfléchir, en donnant quelques pistes sur ce que j’allais faire l’année suivante (passer mon CAP cuisine, faire un stage de permaculture etc.), et ça s’est quand même très bien passé. J’aurais pu dire que j’allais me reconvertir dans la danse contemporaine (et c’est tout à fait improbable me concernant), mes collègues avaient simplement besoin de se figurer quelque chose pour poser leur soutien.

Pourquoi tu ne restes pas à mi-temps pour tester ton activité ?

Le problème quand tu as un travail qui rémunère bien, c’est que la prise de risque financière semble folle quand ton projet entrepreneurial est encore balbutiant. Et quand tu as dépassé la peur de manquer, c’est ton entourage qui te renvoie sa propre angoisse en pensant sincèrement t’aider. C’est valable avec l’environnement amical et familial, mais je l’ai essentiellement vécu par mon réseau professionnel.

On m’avait suggéré de travailler à mi-temps, ou à temps partiel, pour tester d’abord mes activités avant de me lancer complètement. L’idée venait souvent de plusieurs personnes, de services, responsabilités et personnalités très différentes. J’en avais été froissée au début. Était-ce parce qu’ils pensaient que j’allais échouer ? Lorsque j’ai réussi à sortir d’un point de vue totalement autocentrée, j’ai tenté d’adopter celui des personnes qui m’entouraient. Beaucoup de raisons pouvaient expliquer ce comportement. De leur propre peur de changer, à une forme de paternalisme protecteur, en passant sûrement par l’incompréhension face à mes projets pas forcément très clairs. Mais leurs motivations les concernent. Ce qui était important dans cette expérience, c’est de comprendre que les solutions ou idées qui soulèvent une réaction aussi vive chez moi méritent un temps de réflexion. Car cela signifie qu’elles touchent quelque chose en moi. Ici, c’était la peur de l’échec.

Or, concernant le temps partiel, ma décision était prise depuis longtemps. Je me sentais incapable de changer à moitié. J’avais aussi parfaitement conscience du piège que constitue ce mode de travail. Toutes les personnes en temps partiel que je connaissais finissaient très souvent par travailler gratuitement les soirées et les weekends. Ce n’était pas ce que je me souhaitais. J’avais besoin de casser ce train-train d’aller toujours au même endroit pour travailler, j’avais la bougeotte.

Pot de départ ou pas pot de départ ?

Je rêvais d’un départ en toute discrétion. Après avoir déjeuné en tête à tête avec les collègues, tous les jours des derniers mois de mon contrat, je serais partie à 17h (yoouhou) en clôturant proprement mes dossiers, en ayant passé tous les dossiers sensibles aux collègues de l’équipe. Mes dossiers partagés seraient rangés, mes fichiers parfaitement lisibles et transmissibles, ma boîte mail vide, mon ordinateur pro nettoyé de tous les trucs que j’avais pas le droit d’installer. Au lieu de ça, j’ai fini à 20h30, en retournant au bureau après mon pot de départ, en pestant parce que je n’avais pas fini, et parce que j’étais en retard pour retrouver mon conjoint.

Je ne voulais pas de pot de départ, événement que je trouve souvent gênant. On se retrouve au milieu de l’attention de plein de gens, il faut bafouiller un truc dans le silence complet qui attend un discours drôle ou émouvant. Pas mon truc.

Et on m’a dit cette phrase : “Ton pot de départ, c’est pas pour toi, c’est pour ceux qui restent”. Ça a pris quelques semaines avant que je ne comprenne vraiment. Après 7 ans passés dans une entreprise, j’avais rencontré des gens avec qui j’avais vraiment adoré travaillé. Et leur payer une coucoupe de champagne, ça me faisait plaisir. C’est cette idée qui m’a convaincue. De me dire que si je devais prendre un verre avec chacun d’entre eux, cela me prendrait des mois, et je boirais probablement trop. Alors que là, les rassembler pour leur dire : “les gens, c’était cool de bosser avec vous, merci, champagne”, ça me bottait bien.

On a fait ça dans la cantine, au sous-sol de l’immeuble, c’était le bordel, j’avais commandé du champagne chez un caviste à côté, il y avait des trucs à grignoter de mémoire, probablement payés par ma direction. Mes collègues et anciens collègues ne se connaissaient pas tous, c’était rigolo de voir toutes ces personnes, qui ont marqué des périodes très différentes de ma vie, se retrouver là, à piétiner, un verre à la main, et à faire monter le brouhaha ambiant.

Le lendemain, juste avant de monter dans l’avion pour un voyage d’un mois, seule avec moi-même, j’ai envoyé un mail un peu maladroit, sur mon vieux eeepc (si si tu peux regarder à quoi ça ressemble), accroché au wifi instable de l’aéroport, pour leur dire au revoir encore une fois, avant de changer de perspective.